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Sagas d'horreur - Trilogie des trois mères - Suspiria

Sagas d'horreur - Trilogie des trois mères - Suspiria

Mater Suspiriorum, SUSPIRIA

Il y a peu, j’ai enfin pu découvrir le fameux remake de Suspiria, véritable coup de lifting à l'oeuvre originale de 1977 réalisée par Dario Argento. Cette même oeuvre qui lui avait assuré sa place au rang de maîtres de l'horreur ainsi qu'une renommée internationale. Quand à la nouvelle version du long métrage culte, elle était en projet depuis un bon bout de temps. Cependant, elle passait de mains en mains sans aboutir vraiment. Enfin, en 2015, c'est finalement Luca Guadagnino qui prendra les rênes du film. Et si la bande annonce de cette relecture marquait les esprits et semblait proposer un film troublant et torturé, n'ayez criante!

L'oeuvre originale n'a rien a envier à cette tentative de lifting. 

Bon, je dois l’avouer, j’étais parti avec pas mal d’aprioris. C'est un peu toujours la même histoire lorsqu'une oeuvre que l'on apprécie se voit offrir un remake ou reboot, "don't mess with the original" quoi ( Scream 4 ).

Cependant, l'oeuvre de Luca G. n'est pas mauvaise en tout point, mais je suis restée insensible à cette version made in 2018. Et si l'oeuvre fait preuve d'un certain esthétisme, elle reste trop fade, trop branlante de neurones et enfin bien trop subliminale à mon goût. Mais je dois lui accorder un point, il est beaucoup plus déroutant et malaisant que celui d'Argento. De plus, Tilda Swinton y est magistrale. Et si ce remake est loin de m'avoir mise en joie. Il a eu du bon car il m'a donné envie de me replonger dans l'origine des trois mères. Ces trois mères au cœur de la trilogie tristement inégale de Dario Argento. C'est donc entre la lecture de l'ouvrage marquant les prémices des trois mères et revisionnage de la saga, que je m'aventure dans la genèse de cette mythologie cinématographique. 

 

Coucou Argento !

Ce dossier d’articles s’articulera en trois parties, une pour chaque opus appartenant chacun à une mère :

  • Suspiria (Mater Suspiriorum )
  • Inferno (Mater Tenebrarum)
  • Mother of tears (Mater Lachrymarum)

Ces trois mères sont l’essence même de la saga d’Argento. Cette trilogie évoque trois sœurs sorcières : La mère des soupirs (Mater Suspiriorum), la mère des ténèbres (Mater Ténébrarum) et enfin la mère des larmes (Mater Lachrymarum). Elles règnent sur le monde dans des demeures que l’architecte/alchimiste Varelli leur a construit. La Mater Suspiriorum demeure à Fribourg en Allemagne, Tenebrarum à New York aux Etats – Unis et Lachrimarum à Rome en Italie

Réalisation : Dario Argento

Avec : Jessica Harper, Stefania Caisini, Flavio Bucci...

Nationalité : Italie

Genre : Horreur, Fantastique

Année de production : 1977

Titre original : Suspiria

Le pitch: Suzy débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse. L'atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille.

SUSPIRIA – MATER SUSPIRIORUM

 La mère des soupirs, la plus ancienne et la plus sage des trois. Elle vivrait à Freiburg.

Une œuvre mystique et envoûtante qui n’a pas son égal.

Si Profondo Rosso/Les frissons de l’angoisse est mon œuvre favorite du grand Argento avec L’oiseau au plumage de cristal. Suspiria est la première œuvre du maître que j’ai découvert. Celle qui m’a touchée en plein cœur lorsque je n’avais encore que 16 ans. J’y découvrais une jeune femme, Suzy qui allait étudier dans un pays étranger, en Allemagne dans une école de danse somme toute mystérieuse. Ici, je plongeais corps et âme dans la palette chromatique de l’œuvre d’Argento. Une palette si marquante qu’elle était devenue le sujet de mon projet de fin d’année aux Beaux-arts. Une œuvre dont je n’étais pas encore en mesure de comprendre toute la beauté mais qui a sans aucun doute marqué ma culture cinématographique.

La genèse d’un mythe

Si aujourd’hui Suspiria et Dario Argento sont indissociables. Il ne faut pas écarter l’importance de son ex-femme Daria Nicolodi dans sa création. Et pour cause, c’est par l’intervention de Daria qu’Argento s’intéresse aux arts occultes qui seront au centre de cette trilogie. De plus, l’histoire de Suspiria provient d’un récit conté par la grand-mère de Daria Nicolodi. Sa grand-mère avait en effet passé quelque temps dans une école de piano avant de se rendre compte qu’elle enseignait la magie noire. Outre cette légende transmisse par Daria, c’est aussi une œuvre du XIXème siècle qui inspire les trois mères. Il s’agit du chapitre Suspiria de profondis tiré du livre Confession d’un mangeur d’opium par Thomas Quincey.

La Mater Suspiriorum / Elena Markos  / Dark Queen

Et si le terme de Mater Suspiriorum utilisé pour désigner Elena Markos dans Inferno est tiré du livre de Thomas Quincey. Son personnage s’éloigne de l’ouvrage original. Dans le récit de Thomas Quincey les sorcières sont plus des déesses immatérielles que des sorcières appliquant la magie noire. Ici, Elena Markos est dépeinte comme la fondatrice de l’école ou séjourne Suzy . Elle serait immigrée de Grèce et rejetée par de nombreux pays Européens pour son lien avec la sorcellerie. Elena Markos est aussi plus communément appelée Dark Queen et elle serait morte dans un incendie. Pour son personnage de reine des sorcières noires, Argento s’inspire d’Helena Blavatsky (1831-1891). L’une des membres fondatrices de la société Théosophique mais aussi une occultiste. Dario la décrira comme un personnage énigmatique en évoquant de nombreuses rumeurs comme celle des feux se déclenchant lorsque Helena était dans les parages.

Un conte cauchemardesque

Avec Suspiria, Argento entre dans l’âge d’or de sa carrière. Un âge d’or qui se terminera par le très abouti Opéra. Ici, les textures, les couleurs, la lumière, les musiques amènent son œuvre vers un rendu singulier à la limite de l’expérimental. A sa façon, Suspiria est un conte horrifique. Un conte qui s’agence à la manière des récits originaux de Grimm avec la sorcière de Hansel et Gretel. Des histoires qui bien loin des adaptations  de Disney sont de l’ordre de l’épouvante. Ainsi les personnages semblent évoluer dans une grande école fantasmagorique. Un vaste château non pas gothique mais tirant sur un style art nouveau sublimé par des couleurs primaires chatoyantes. C’est à Guiseppe Bassan que l’on doit ces magnifiques décors, tantôt tournés dans une banque et inspiré pour les décors studio des peintures d’Escher. Un peintre notamment connu pour ses constructions irréalisables. La structure de Suspiria se veut irréelle tout comme l’histoire surnaturelle qui nous est contée. Entre autres, c’est par ses décors que Suspiria instaure une ambiance propice à l’effroi.

C’est aussi l’aspect enfantin des personnages féminins qui renforce la notion de conte. Le film est empreint d’une grande énergie féminine mais aussi enfantine. Le scénario de base étant prévu pour des enfants dans une école de danse et non des jeunes filles. Pour ce qui est de l’école, Argento s’inspire de son expérience difficile avec le milieu scolaire mais aussi de la vaste demeure de son enfance. Et bien qu’il s’agisse d’un film surnaturel et non d’un Giallo ou d’un Slasher, Suspiria met en avant une final girl qui nagera dans le mystère et évoluera tout au long du film. Et ce, jusqu’au dénouement final. Comme avec Opéra, l’héroïne sort grandie de son combat avec sa Némésis, ici matérialisée par Elena Markos, la reine noire.

Color is Suspiria

Passé les sublimes décors de Suspiria, ce qui fait d’elle une œuvre singulière, c’est avant tout sa palette chromatique. Si le directeur de la photo, Luciano Tovoli est plus axé sur la lumière naturelle. Cette dernière n’est pas ou presque pas présente dans le long métrage d’Argento. C’est au court d’expérimentations avec la lumière qu’il obtient ces splendides effets colorés. Avec ces couleurs primaires, Dario Argento matérialise son film dans un monde hors du temps. Il tente avec Luciano Tovoli de reproduire les résultats chromatiques qu’obtenait Disney. En somme, mettre en œuvre un long métrage qui utiliserait le technicolor avec des couleurs très denses. Et pour se faire il décide de travailler avec une pellicule très sensible pour obtenir le même effet. Lors du premier visionnage de Suspiria, j’ai été éblouie par la mise en scène mais surtout par la lumière que dégageait le film. Et par cette palette chromatique l’œuvre de Dario Argento est précurseuse de bons nombres d’œuvres qui tenteront de reproduire l’ambiance si particulière de Suspiria. On mentionnera des longs métrages tels que : Amer ou encore Masks. Et finalement, Suspiria en plus d’être une œuvre culte est aussi une sorte de peinture cinématographique, une danse contemporaine baignée dans la couleur.

Goblin et Argento, danse macabre

Et enfin, pour conclure le trio qui sublime le long métrage de Dario Argento, la B.O expérimentale de Goblin vient clôturer l’ensemble. Car Argento outre ses plans, ses montages c’est aussi une bande son singulière. Et parmi les plus belles et les plus marquantes, celles composées par Goblins ou Claudio Simmonetti (membre de Goblin). Dont les plus célèbres telle que Profondo Rosso, Suspiria, Opéra (Claudio Simonnetti). C’est aussi cette musique si particulière de Goblin qui fait du montage Européen de Dawn of the dead/Zombi effectué par Dario Argento la version la plus pertinente bien au-dessus de celle orchestrée par Romero. Cette musique donne une rythmique intemporelle aux créations torturées de Dario Argento. Un mélange entre rock, électronique, piano et son d’orgue qui me procure encore des frissons lors du visionnage de Profondo Rosso. En somme, c’est la musique de Goblin qui vient magnifier en un tout cohérent l’œuvre d’Argento. Ainsi, le décor, la lumière et la musique ne forme qu’un tout subtilement mis en forme dans une photographie sans faille.

Suspiria, un film de sorcière

Finalement si dans un premier temps Suspiria n’était pas à vocation d’être le premier opus d’une trilogie sur les trois mères. La thématique surnaturelle s’axe tout de même sur le domaine des sorcières. Le fantastique dans Suspiria s’agence à la manière d’un cauchemar d’enfant. Ce qui prend tout son sens quand on sait que les personnages sont conçus pour être des enfants. Dario Argento glissera par la même occasion des éléments architecturaux qui y feront écho comme les poignées de portes beaucoup trop hautes. Comme si un enfant essayait d’ouvrir la porte. Entre ombres, visions, chuchotements et terreurs nocturnes, le spectateur a du mal à cerner ce qui se matérialise devant lui, même s’il a conscience que le mystère est complet. Et contrairement à ses films précèdent plus axé sur le Giallo et sur la résolution d'enquêtes. Suspiria s'éloigne de toute logique et s'ancre dans le fantastique sans résolution totale. Suspiria possède cependant un dénouement, mais Dario Argento n'y explicite pas tous les éléments et laisse encore beaucoup de choses en suspens. 

 

Enfin, vous l’aurez compris, Suspiria est une œuvre qui est chère à mon cœur pour tant de raison qui font que comme Profondo Rosso je pourrai voir ce film au moins une fois par an. Sa touche, sa bande son, son mysticisme font de Suspiria une œuvre singulière qui marque les esprits par son morbide coloré. C’est une œuvre expérimentale complexe et magnifique qui traite la sorcellerie dans une sorte de danse macabre.

 

Vu en VOSTFR - Blu Ray 

Le film est disponible en Blu Ray chez Wild Side dans la collection des introuvables de la FNAC. Et je vous conseille fortement de voir cette édition et sa restauration qui sublime encore plus les couleurs du film. L'édition est aussi bourrée de bonus très intéressants. 

La magnifique BO des Goblin a quant à elle été rééditée en vinyle chez Death Waltz mais elle n'est malheureusement plus disponible. Heureusement, on pourra toujours se rabattre sur l'édition simple. 

Ma note : 

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