Ah!
L’école à la maison, c'est pas toujours facile.
Découvert lors de sa sortie en 2014, The Babadook (pourtant couronné de succès) n’avait fait qu’un bref passage dans mon cœur de cinéphile. Pire, j’en avais très peu de souvenir, jusqu’à ne plus trop savoir si j’avais oui ou non apprécié ce film. Du coup, période de confinement oblige, je me lance dans le cauchemar infantile de The Babadook.
Le film est par ailleurs disponible sur la première plateforme de VOD française réservée au cinéma de genre, Shadowz.
Et si vous ne s’avez pas quoi faire pour vous occuper l’esprit durant cette longue période de confinement. Je ne peux vous que conseiller d’aller découvrir son catalogue, entre petites pépites, raretés, classiques et ovnis cinématographiques, il y a de quoi faire.
Je vous glisse le lien juste là : https://www.shadowz.fr/

Alors The Babadook, de quoi il s’agit ?
Probablement de ton état mental à la fin du confinement quand tu auras fait l’école à la maison durant une période qui t’aura semblé une éternité.
Non, plus sérieusement, The Babadook est un long métrage de Jennifer Kent adapté de son court intitulé, The Monster.
Je te met le lien du court métrage en dessous si jamais tu as la curiosité d'y jeter un œil.
Il s’agit du premier long métrage de la réalisatrice australienne et c’est là un premier essai très réussi, entre psychose, cauchemar et réalité. La réalisatrice nous emmène dans un quasi huit clos où la folie n’a d’égale que la matérialisation des cauchemars endeuillés.

Réalisation : Jennifer Kent
Avec: Essie Davis, Noah Wiseman, ...
Nationalité : USA
Genre : Horreur, Fantastique, Thriller
Année de production : 2014
Titre original : The Babadook
Le pitch : Amelia, veuve, élève seule son fils de six ans Samuel sujet à des terreurs nocturnes. Mais un jour arrive chez eux, sans aucune raison, un livre de contes appelé Mister Babadook. Samuel, son fils, est certain que le Babadook hante ses rêves et cauchemars tandis qu'Amelia se sent harcelée par une présence maléfique. Un soir, alors qu'elle lit à son fils ce fameux livre, le cauchemar prend vie et plusieurs événements étranges se produisent. Mister Babadook finit par se montrer, à effrayer Amelia et Samuel avant que celle-ci finisse finalement par se confronter a lui.
Un drame psychologique mais pas que.
Le postulat de départ de The Babadook s’ancre dans un cadre plutôt dramatique mais néanmoins réaliste. Celui d’une mère endeuillée qui se débat dans un climat de colère et de dépression afin d’éduquer seule son fils. De ce fait, dès les premiers instants, le deuil prend une place majeure. Ce deuil qui s’illustre dans un choix de couleurs très ternes qui seront encore plus mises en avant à travers la maison d’Amélia et de son fils Samuel. Leur maison, leur lieu de vie principal semble totalement figé dans le temps. Et ses 6 années passées en tête à tête n'ont pas l'air d'avoir été de tout repos pour Amélia comme pour Samuel.
Seulement, la vie morose d’Amélia et Samuel va se voir bouleversée par l’apparition d’un livre pour enfant. Un livre qui finalement n’est pas si sympathique et surtout en aucun cas destiné aux enfants, celui du monstre, ... du Babadook. A partir de cet instant le quotidien de nos deux personnages va peu à peu osciller entre la réalité et le cauchemar. Pour finalement totalement biaiser notre vision du monstre. S'agit-il d’un monstre imaginaire, d’un esprit, d’une manifestation quelconque ou bien de matérialisation de la détresse de Samuel et sa mère?
The Babadook nous inclus dans un cauchemar éveillé proche des décors du Paperhouse de Bernard Rose où les couleurs vives n’ont pas vraiment leur place.
Jennifer Kent invoquera alors son monstre par le biais de ce livre d’illustration. Elle laissera une fin ouverte et ne nous apportera pas plus d'informations sur ce dernier. Laissant alors au spectateur la liberté de choisir s'il y voit une manifestation du mal qui ronge Amélia et par la même occasion son fils ou bien d'une véritable entité fantastique.
Personnellement, je penche pour la matérialisation du deuil de la mère et du fils face à la solitude qui s’empare d’eux. Ils font figure d’outsider et ne sont inclus dans aucun des schémas sociaux présents dans le long métrage. Ainsi, même leur propre famille les abandonnera face à cette crise. La place que prend le Babadook, lieu où les affaires du père son entreposées à la manière d’un sanctuaire ne fait qu’appuyer cette hypothèse.
En somme, Babadook est une fable sur le deuil mais aussi sur la détresse et la culpabilité qu’il peut engendrer. Ainsi, Amélia est déchirée entre un amour maternelle sans faille pour Samuel et cette colère, cette haine qu’elle éprouve pour lui. De ce fait, The Babadook met aussi en avant la complexité de l’instinct maternelle. Cette mère qui est tiraillée entre l'amour qu'elle est censé éprouver pour son fils d'une part. Et de l'autre, cette rancoeur qu'elle éprouve compte tenu des circonstances de sa naissance, rancoeur qu'elle refoulera totalement jusqu'à l'apparition du Babadook. Le film de Jennifer Kent met ainsi en lumière l'ambivalence de l'instinct maternelle encore trop peu traitée dans la production cinématographique en incluant son propos à travers un sujet bien loin de la fiction.
Un quotidien tragique appuyé par le comportement de Samuel dont on évoque à plusieurs reprise l'âge. Un âge qui n'est pas anodin puisque les enfants développe la maîtrise de leur émotions et la capacité de les compartimenter à l'âge de 7 ans. Or, le déroulement du long métrage se situe quelques temps avant le 7ème anniversaire de Samuel.
Et pourtant la magie et le fantastique prennent une place importante dans l’œuvre de Jennifer Kent. Qu’il s’agisse de tour de magie effectués par Samuel ou encore d’extraits de films de Melies en fond. A la manière du Candyman de Bernard Rose, The Babadook nous fait spectateurs face à une réalité sans fard. Celle de cette mère dépressive, de son fils colérique et instable, de leur quotidien mais surtout de sa dure réalité. La réalisatrice donne une véritable consistance à ses personnages qui ne sont pas juste là pour servir une multitude de jumpscares sans fin. C'est au travers de ses personnages qu'elle décortique la psyché et le travail de deuil. D'autre part, elle nous plonge insidieusement dans un monde fantasmagorique où les monstres prennent place. Un monde glaçant qui fera de votre foyer un cauchemar sans fin. Ainsi, The Babadook se rapproche de deux œuvres de Bernard Rose (Candyman et Paperhouse), dans son traitement mais aussi dans l’univers qu’il met en place.
Enfin, ce n’est finalement pas ce boogeyman, ce babadook qui nous donnera la chair de poule mais la relation entre cette mère et son fils. De ces deux personnages qui sont tour à tour dans des accès de colère si intense qu’il s’en déforme excessivement le visage. Se figeant sous des traits terrifiants et apportant l’horreur dans la réalité glaciale de cette maison digne d’un conte horrifique pour enfant. The Babadook est terriblement poétique et mélancolique dans son propos de fond. Comme une rancune qui aurait pris tellement de place qu’elle se serait finalement matérialisée sous les traits de ce monstre terrifiant.
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