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Gretel & Hansel - Le passage à l'âge adulte, ça craint!

Gretel & Hansel - Le passage à l'âge adulte, ça craint!

Quand Gretel opère son coming-of-age ans un monde cruel aux airs de fables horrifique.

Gretel Hansel faisait partie de ma petite watchlist des nouveautés made in 2020 et contrairement à The turning, il a su répondre à mes attentes. J’irai même jusqu’à dire qu’il a su m’étonner et me surprendre. Durant les quelques minutes qui composait sa bande annonce, le film nous mettait l’eau à la bouche avec des plans léchés et une photographie hors pair. Il n’en fallait pas moins pour me donner envie de découvrir le nouveau long métrage de Oz Perkins.

Si ce nom ne vous est pas familier, le réalisateur n’en est pas pour autant à son coup d’essai en termes de réalisations horrifiques. En 2015, il sortait February avec Emma Robert (Scream, AHS,…) et Kiernan Shipka (Les nouvelles aventures de Sabrina) en têtes d’affiche. Puis un an plus tard, I Am the Pretty Thing That Lives in the House un huit clos gothique produit par Netflix. Loin d'être des classiques du genre, ces deux précédents longs métrages sont tout de mêmes plaisants. 

Niveau casting, le film se base essentiellement sur les personnages de Hansel (Sammy Leakey), Gretel jouée par Sophia Lillis que vous avez au moins déjà vu dans la duologie des ça ou encore dans des séries telles que Sharp objects et I’m not okay with this. Et enfin, Alice Kridge (la mère de Prairie dans The OA) qui campe de son côté le rôle de la vieille dame/sorcière. 

Réalisation : Oz Perkins
Avec: Sophia Lillis, Sammy Leakey, Alice Kridge, ....
Nationalité : 
 Canada, USA, Ireland
Genre : Horreur
Année de production : 2020
Titre original : Gretel And Hansel

Le pitch :  Il y a longtemps, dans une campagne lointaine et ses contes de fées, une jeune fille emmène son petit frère dans un bois à la recherche désespérée de nourriture et de travail mais s'enfonce dans le nœud d'un mal terrifiant.

Un conte qui renoue avec sa tradition horrifique

Comme pour beaucoup de contes des frères Grimm, Hansel et Gretel n’en est pas à sa première adaptation en long métrage. De ces réalisations, j’en retiens particulièrement la version de Yim Pil-Sung sortie en 2007. Et alors que presque tous les contes traditionnels de Grimm ou encore de Perrault ont aujourd’hui perdu leurs aspects moralisateurs et horrifiques au travers de leurs adaptations, qu’il s’agisse de longs métrages ou encore de dessins animés. Quand la petite sirène a eu le droit à son happy ending plutôt qu'une fin funeste, que les sœurs de Cendrillon ne se coupent finalement plus les pieds et que les relectures ne sont plus que des adaptations lissées et aseptisées. Hansel et Gretel, lui a miraculeusement gardé sa facette horrifique et cruelle. Probablement parce qu'il était difficile d’adapter l’histoire autrement. Cette version chapeautée par Oz Perkins ne déroge pas à la règle. Elle s’ancrera dans un univers aux airs de fables terrifiantes. Et pour ne rien gâcher à la fête, Gretel Hansel sera baigné dans une ambiance léchée et hypnotisante comme un doux cauchemar au cœur de la forêt. 

Gretel & Hansel s'affiche donc comme un film d'épouvante, mais là où cette réalisation prend une toute autre tournure, c'est dans sa relecture du conte originel. Il choisit d'apporter une dimension sensiblement féministe au conte des frères Grimm. De ce fait, l'inversion des noms dans le titre du film n'est pas un hasard. Il s'agit bien là d'un choix artistique intentionnel afin de mettre en lumière le personnage de Gretel. Alors, non, le féminisme de Gretel Hansel ne réside pas seulement dans son titre, c'est bien plus profond même s'il ne s'agit pas d'un choix anodin. Ce changement dans le titre de l'oeuvre s'accompagne aussi d'une évolution concernant l'âge de Gretel. Elle qui n'avait que deux ans d’écart avec son frère Hansel âgé de 6 ans se retrouve soudain plongée en plein coming-of-age et passe à l'adolescence. C'est par le prisme de son personnage, par ses choix, ses doutes que Oz Perkins nous guidera dans le rite initiatique de Gretel. Dans son passage effrayant de l'enfance à l'âge adulte, en tant que "femme". Là où les véritables histoires derrière les contes nous sont révélées et où les maisons de pains d'épices n'ont plus leur place. Gretel Hansel s'il garde le noyau de base du conte : Soit Hansel et Gretel face à leur abandon familial. Un abandon qui les poussera à errer dans une forêt hostile jusqu'à leur rencontre avec une vieille femme mystérieuse à la nourriture abondante chez qui ils trouveront refuge s'enrichie de cette nouvelle notion du coming-of-age avec le personnage de Gretel. 

Car oui, le personnage de Gretel du haut de ses 16 ans doit se débattre dans un monde d'adultes où elle ne trouve pas sa place. Dans un monde dont elle ne comprend et n'accepte pas totalement les codes. Elle qui n'est plus vraiment une enfant doit cadrer dans un rôle de femme qui lui est étranger. Cette société qui veut comme le dit si bien sa mère qu'elle fasse un sourire aux hommes et se plie en quelque sorte à leurs volontés. Elle ne veut pas de ce monde et plus que l'abandon de sa mère, elle choisit aussi de quitter une société qui la mettra tôt ou tard dans une case qu'elle rejette. Et c'est aussi en ça que Oz Perkins agence cet aspect féministe au travers du personnage de Gretel qui se refuse à cette vie qu'on lui impose. Gretel fuit et grandit dans cette forêt vers ce qu'elle voudra finalement être, une femme libre de ses choix, une femme indomptable et forte.  

Mais quand est il du personnage de Hansel? 

Si la quasi totalité du film est vue au travers du personnage de Gretel, celui de Hansel n'en est pas pour le moins important. Hansel, c'est ce petit garçon qui rêve de manier une hache et suit sa sœur comme son ombre. Il illustre à merveille l'innocence et la naïveté propre à l'enfance. Dans ce sens, le personnage d'Hansel serait une sorte de métaphore de l'enfance qui loge encore en Gretel. Cette part d'enfant qu'elle se refuse à abandonner, qu'elle garde toujours avec elle.

Donnant alors tout son sens à la fin du film ATTENTION SPOILER - Lorsque Gretel vainc la sorcière et embrasse enfin sa destinée, ses pouvoirs, sa position d'adulte. Elle décide alors de se séparer de son frère et de prendre un chemin différent du sein, qu'il doit vivre sa vie sans elle. Comme si elle abandonnait définitivement cette part d'enfant/Hansel qui restait ancrée en elle pour faire son entrée dans l'âge adulte. Gretel demeure dans la forêt dans une vie où elle sera maîtresse de ses propres choix tandis que son frère lui partira reprendre la vie qui fut jadis celle de ses parents. Hansel fait parti du chemin que parcours Gretel pour arriver jusqu'à son aboutissement final. Et c'est finalement par le biais de la sorcière, si cruelle soit elle, qu'elle initiera ce parcours. Cette sorcière qui voit en Gretel le vaisseau parfait pour prendre sa place. Par elle elle verra apparaître les signes annonciateurs de ce changement intérieur, notamment par ses règles. Si Hansel est la part d'enfant en Gretel, la sorcière elle est l’élément déclencheur qui poussera Gretel à trouver son propre chemin, sa propre voix dans ce monde froid qui l’entoure. Enfin, le fait qu'elle deviennent une sorcière à la fin du long métrage n'est pas non plus anodin. La figure de la sorcière étant aussi le symbole d'une femme qui revendique sa puissance et son indépendance. FIN DES SPOILERS

En somme, Gretel & Hansel n'est pas un film d'épouvante en soit mais il se réconcilie avec la tradition folklorique du conte. Ce retour aux origines folkloriques du conte est une totale réussite, tant par le sens ajouté au film que par la réalisation magnifique qui s'opère sous nos yeux. Les plans sont beaux, ça a de la gueule et on en prend plein la face. Qu'il s'agisse du cadrage, des choix de teintes, de la musique, tout cadre pour mettre en avant un conte cauchemardesque. Gretel & Hansel a aussi quelque chose de très expérimental dans son rendu, un peu à la manière du Suspiria de Dario Argento, il crée un ensemble, un monde bien à lui. Il ne se surcharge pas d’éléments superficiels et va à l'essentiel dans des plans d'une grande efficacité. Et même s'il manquerait encore un petit quelque chose au dernier long métrage de Oz Perkins, il reste le plus abouti et le plus beaux et toutes ses réalisations. Gretel & Hansel ne sera pas au gout de tous le monde tant il est particulier, il évolue dans un rythme lent proche de l'introspection où les personnages eux mêmes sont finalement assez silencieux. Mais une chose est sûre, il ne vous laissera pas indifférent. 

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